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Les populations touchées par des lois pénales injustes lancent un appel pour faire avancer la justice et la santé

21 juillet 2016

Dans le cadre de la 21e Conférence internationale sur le sida organisée à Durban, en Afrique du Sud, un atelier a eu lieu le 19 juillet sur le thème « Des racines communes : comprendre les interactions pour contrer l'impact des lois pénales sur les différents groupes de populations ». Cet atelier a permis de mettre en lumière les causes profondes communes des abus du droit pénal à l'encontre des personnes vivant avec le VIH, des professionnel(le)s du sexe et des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transsexuelles et intersexe, ainsi que dans le contexte de l'avortement.

Les intervenants ont fait remarquer que les lois pénales injustes à l'encontre de ces populations étaient imputables aux préjugés, à l'inégalité entre les sexes et à la discrimination. Les participants ont souligné que les lois punitives à l'encontre des populations clés conduisaient à de graves violations des droits humains, exacerbaient la vulnérabilité au VIH et à d'autres problèmes de santé et nuisaient aux actions pour mettre fin au sida.

Pour lutter contre ces lois injustes, les participants ont appelé à créer des synergies entre les populations concernées. Cela permettra un échange d'expériences sur les méthodes qui fonctionnent pour lutter contre la criminalisation, ainsi que le développement de stratégies communes. Des exemples de collaboration entre les communautés pour trouver des solutions à leurs problèmes communs en matière de santé et de droits ont été présentés.

Les débats se sont conclus sur un appel à davantage de collaboration pour réformer le droit pénal et contrer son impact sur des populations spécifiques, notamment dans le contexte du VIH. Il s'agira de s'appuyer sur les efforts visant à étendre les actions en justice stratégiques et l'engagement des législateurs, des forces de police et du pouvoir judiciaire pour mettre un terme aux injustices et faire avancer la santé pour tous.

L'événement était organisé par l'ONUSIDA, le Bureau du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Amnesty International et le Global Health Justice Partnership de l'Université de Yale.

Déclarations

« La criminalisation du commerce du sexe envoie un message disant que les professionnel(le)s du sexe sont considérés comme n'étant pas aptes et dignes de jouir de droits. Les professionnel(le)s du sexe sont confrontés à des formes graves de violences et d'abus, souvent perpétrées par les autorités policières et judiciaires. Ces lois et ces pratiques abusives sont contraires aux obligations en matière de droits de l'homme. »

Ruth Morgan Thomas Network of Sex Work Projects

« Les systèmes juridiques restrictifs concernant l'avortement, notamment sa criminalisation, ne réduisent pas le nombre des avortements ; au contraire, ils les rendent dangereux. Ces restrictions sont ancrées dans des normes sociétales qui nient l'intelligence des femmes et leur capacité à prendre des décisions qui concernent leur propre vie. »

Lucinda O’Hanlon Conseillère en matière de droits des femmes auprès du Bureau du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme

« À la base, la criminalisation de populations spécifiques, notamment les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transsexuelles, est due aux préjugés, à la peur et à la stigmatisation. Les lois pénales qui vont à l'encontre de nos populations sont ambiguës, injustes et utilisées principalement comme des outils politiques et sociaux pour faire appliquer des normes hétéronormatives et patriarcales. Nous devons nous unir et créer des synergies au sein de nos communautés ainsi qu'une solidarité avec d'autres mouvements de justice sociale pour contrer ces lois. »

Kene Esom Directeur exécutif, African Men for Sexual Health and Rights

« Le point fort de cette conférence tient dans le mouvement vers l'intersectionnalité de nos efforts pour mettre fin aux lois punitives et abusives qui touchent diverses populations. Ce mouvement émergent doit être soutenu et renforcé car il est essentiel au progrès des ripostes efficaces en faveur de la dignité, la santé et la justice pour les populations clés. »

Edwin Bernard Coordonnateur mondial, HIV Justice Network