HIV Treatment


Opinion
Quarante ans de sida : l’égalité reste un facteur essentiel pour affaiblir une épidémie encore vivace
01 décembre 2021
01 décembre 2021 01 décembre 2021Edwin Cameron
Le 1er décembre, nous célébrons la Journée mondiale de lutte contre le sida.
Cette année, nous avons aussi fêté un bien triste anniversaire. Le 5 juin 2021 a en effet marqué les quarante ans depuis le premier regroupement officiel de cas inquiétants et inexpliqués de maladies et de décès qui allaient plus tard prendre le nom de sida. Ces quarante dernières années ont vu d’énormes progrès médicaux et scientifiques, mais la mort et la stigmatisation restent beaucoup trop présentes autour de nous.
De trop nombreuses personnes ne se font pas dépister ou meurent dans le silence et la honte. Le traitement n’atteint pas celles et ceux qui en ont besoin, et les inégalités et la discrimination entravent notre riposte mondiale.
Aujourd’hui, je suis en mesure de m’exprimer à ce sujet, car le hasard de la vie m’a permis de survivre au sida. Il y a 24 ans, j’ai commencé un traitement antirétroviral qui m’a sauvé la vie. Cela m’a fait prendre conscience des effets délétères des lois et les politiques discriminatoires vis-à-vis des personnes mises en danger par cette redoutable épidémie. Laissez-moi vous raconter.
Mon infection au VIH remonte plus ou moins à Pâques 1985. J’étais un jeune trentenaire en début de carrière. À cette terrible époque, aucun traitement n’existait : contracter le VIH revenait à signer son arrêt de mort. Toutes les personnes qui avaient ou étaient suspectées d’avoir le VIH ou le sida suffoquaient sous une chape de stigmatisation et de peur.
Comme beaucoup, je n’ai pas révélé mon statut sérologique. J’espérais contre toute attente échapper au spectre de la mort. Peine perdue. Le sida a pris possession de mon corps douze ans après mon infection. Je suis tombé terriblement malade et j’ai vu la mort en face.
Mais mes privilèges m’ont donné accès à un traitement et aux soins. J’étais entouré de l’amour de ma famille et de mes amis, et je voulais reprendre mon travail en tant que juge. J’ai survécu en ayant accès rapidement au traitement antirétroviral.
En 1999, j’ai annoncé publiquement ma séropositivité. J’ai expliqué que les antirétroviraux m’avaient protégé d’une mort certaine, mais que des millions d’autres personnes en Afrique n’y avaient pas accès.
Aujourd’hui, je fais figure d’exception en Afrique : j’occupe un poste officiel, je parle ouvertement de mon homosexualité et de ma vie avec le VIH. Je ne le dis pas pour attirer les compliments, mais parce la honte, la peur, l’ignorance et la discrimination continuent de réduire trop de personnes au silence dans trop d’endroits dans le monde.
D’expérience, au plus profond de moi, je connais le pouvoir de la stigmatisation, de la discrimination, de la haine et de l’exclusion.
Et, après vingt-cinq ans au poste de juge, j’ai été témoin de trois choses. Premièrement, la stigmatisation et la honte ont un effet destructeur. Deuxièmement, les lois punitives et discriminatoires nuisent aux ripostes de santé publique. Troisièmement, le manque de protection légale et de recours juridique alourdit davantage le terrible fardeau du VIH/SIDA.
Les raisons expliquant pourquoi l’égalité est au cœur de la riposte au VIH/SIDA
Environ 37,7 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde. Pour la plupart d’entre nous, des progrès réconfortants ont atténué le fardeau de la mort, de la maladie et de la honte. Aujourd’hui, nous sommes en mesure d’atteindre notre objectif 90-90-90 (90 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique, 90 % d’entre elles ont accès au traitement et 90 % de ces dernières ont une charge virale indétectable).
En Afrique, l’épidémie présente toutefois un visage tragique. L’Afrique subsaharienne concentre deux tiers des cas de VIH, et les jeunes femmes représentent 63 % des nouvelles infections dans cette région.
Voici un autre chiffre tout aussi préoccupant : les populations clés (travailleur-ses du sexe, membres de la communauté LGBTQI+, toxicomanes, population carcérale, hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes) représentent 65 % des nouvelles infections au VIH dans le monde.
Face à ces faits parlants, la nouvelle stratégie annoncée par l’organisation des Nations Unies dédiée à la lutte contre l’épidémie, l’ONUSIDA, a été la bienvenue. Ce document souligne la manière dont les inégalités font les beaux jours du sida. Par conséquent, leur éradication est au cœur de la nouvelle approche de l’ONUSIDA.
Une approche basée sur les droits va dans le bon sens. Elle montre que les droits humains sont tous interconnectés. L’épidémie de sida en est la preuve : le droit à la santé ne peut pas être dissocié, en théorie ou en pratique, du droit à l’égalité.
La conclusion à en tirer est sans équivoque : pour surmonter le sida d’ici 2030, nous devons renforcer l’égalité au sein de l’humanité.
La bonne nouvelle, c’est que la protection et le respect des droits permettent d'endiguer le sida. Les données probantes de l’ONUSIDA montrent très clairement comment « les inégalités alimentent l’épidémie de VIH et bloquent les progrès nécessaires pour mettre fin au sida ». Comme l’indique à juste titre The Lancet : « Le succès de la riposte au VIH repose sur l’égalité – non seulement l’égalité dans l’accès à la prévention, à la prise en charge et au traitement... mais aussi l’égalité face à la loi. »
Les programmes de défense des droits humains et les réformes sensées du droit réduisent la stigmatisation et la discrimination. Pourtant, le manque de financements et d’efforts est criant. La situation est simple : dans beaucoup trop de sociétés, le spectre de la stigmatisation s’abat sur les personnes vivant avec le VIH et le sida ou exposées à ces deux fléaux. La discrimination est présente dans les sociétés et leurs lois, et l’abrogation des lois punitives non avenues se fait à un rythme désespérément lent.
Non aux lois punitives et discriminatoires
Les lois punitives et discriminatoires ciblent les populations clés les plus exposées au VIH/SIDA. Elles ciblent l’orientation sexuelle, l’identité de genre, le statut sérologique, l’usage de drogues et le travail du sexe.
Ainsi, trop de pays criminalisent encore les personnes LGBTQI+. De plus, le risque de contracter le VIH est extrêmement plus élevé chez les femmes transgenres.
Et personne ne fait l’objet de discrimination uniquement pour un seul motif. Les répercussions toxiques de la discrimination se mêlent à des formes variées d’environnements hostiles. On parle ici à juste titre d’« intersectionnalité ». Par exemple, une travailleuse du sexe est attaquée pour sa sexualité, son sexe, son statut socio-économique et son statut sérologique vis-à-vis du VIH. Le résultat est inquiétant : les travailleur-ses du sexe ont 26 fois plus de risques de contracter le VIH.
Dans l’ensemble, la force brutale du droit pénal musèle le bon travail de la lutte contre le sida. Elle intensifie les inégalités, les inégalités et l’exclusion.
De fait, la criminalisation des personnes vivant avec le VIH et la répression envers les populations clés compromettent les efforts de prévention. Elles réduisent l’accès aux services, ce qui peut augmenter les infections au VIH.
Ces lois punitives ne se limitent pas à « laisser les gens de côté ». Elles les marginalisent activement. Elles augmentent la peur et la stigmatisation, et tiennent les personnes les plus exposées à distance des services de santé et des protections sociales.
Winnie Byanyima, Directrice exécutive de l’ONUSIDA, a confié un souvenir poignant : « La stigmatisation a tué mon frère. Il était séropositif et serait encore parmi nous s'il était allé chercher ses antiviraux au dispensaire, mais il a eu peur d’être reconnu là-bas et jugé par des personnes qui le connaissaient. » Sa conclusion ? « Nous devons lutter contre la stigmatisation et la discrimination, car elles tuent. »
D’autres conséquences nuisent à nos sociétés. La discrimination s’immisce dans la collecte de données et de preuves, car les populations criminalisées et stigmatisées se retrouvent ainsi souvent sous-représentées ou absentes.
Cela reflète leur réalité au quotidien : elles sont confrontées à une forme extrême de stigmatisation, leur existence est niée, invisibilisée et effacée.
Cette oblitération est extrêmement néfaste. Cela signifie que nous ne savons pas si les services sont accessibles et adaptés. Cela signifie que des informations importantes risquent de ne pas être obtenues. Cela signifie que la violence et la discrimination à l’encontre des populations invisibles restent inconnues et non résolues.
Nous devons donc demander : Comment peut-on éliminer les obstacles à l’accès aux services si nous ne voyons même pas les personnes qu’ils écrasent ? Que pouvons-nous faire ?
Une chose est sure : nous pouvons aider à créer des environnements juridiques favorables, émancipatoires et qui apportent une protection.
Un environnement juridique favorable
La riposte au sida est liée aux valeurs démocratiques et à des systèmes juridiques efficaces. L’état de droit, la liberté d’expression, la liberté de manifester et d’autres droits humains fondamentaux sont importants.
Il est essentiel de créer un environnement juridique favorable. Cela signifie que nous avons recours à la loi pour autonomiser plutôt que pour opprimer. Nous devons nous défaire des lois pénales qui punissent sans raison. Il s’agit de parvenir à l’égalité devant la loi.
L’accès à la justice, la revendication de réformes juridiques, la sensibilisation ainsi que les campagnes éducatives et le dynamisme militant de la société civile, qui n’oublie pas les populations clés, sont essentiels. Tout cela favorise un changement positif et aide à placer les auteurs de violations des droits humains devant leurs responsabilités.
C’est ce que nous ont montré les quarante dernières années. Des militantes et militants fervents, intègres et courageux d’ACT UP à New York et de Treatment Action Campaign en Afrique du Sud sont parvenus à des avancées vitales dans le traitement du sida. Ces hommes et ces femmes ont lutté pour la justice et pour trouver la riposte au sida la plus efficace. En Afrique du Sud, la société civile a attaqué la politique de l’autruche du gouvernement du président Mbeki devant la plus haute Cour et cette dernière a ordonné au gouvernement de commencer à fournir des ARV.
Pour eux, comme pour moi, et pour encore beaucoup trop de personnes aujourd’hui, il s’agissait d’une bataille dont l’issue déterminait la vie ou la mort, le bien-être ou la maladie, la science ou l’effet pernicieux des idées préconçues, la discrimination ou la justice et l’égalité, et la façon dont des pratiques justes instaurent des politiques de santé publique sensées et qui sauvent des vies.
La nouvelle stratégie de l’ONUSIDA s’inscrit dans cette dynamique. Elle vise à garantir l’accès à la justice et la reddition de compte en faveur des populations clés et des personnes vivant avec le VIH ou affectées par le virus. Elle appelle à juste titre à renforcer la collaboration entre les principales parties prenantes, à soutenir les programmes de connaissance des droits et à élargir l’assistance juridique. Elle prévoit également un engagement considérable, des investissements plus importants et une diplomatie stratégique de la part de la communauté internationale.
La pandémie de COVID-19 n’a pas changé ces objectifs, mais son impact sur les inégalités en a accru l’urgence. Les confinements anti-infection ont perturbé les services liés au VIH et au sida (les établissements de santé ont été fermés ou les ressources ont été réallouées à la COVID-19 ou il y a eu des pénuries d’antirétroviraux).
D’autre part, des leçons ont été tirées et la technologie de l’ARNm pourrait accélérer la découverte d’un vaccin contre le sida.
Bien qu’il n’y ait toujours pas de remède, le sida n’est plus synonyme d’une mort assurée. Vingt-quatre ans après avoir pris mes premiers antirétroviraux, je mène une vie heureuse et épanouie. Notre défi réside en nous-mêmes et dans nos sociétés : il s’agit de surmonter la peur, la discrimination et la stigmatisation pour garantir que les traitements vitaux et les messages soient accessibles de manière juste et équitable.
L’éradication du sida d’ici 2030 est un objectif réaliste. Mais pour y parvenir, nous devons respecter, protéger et satisfaire les droits fondamentaux des personnes vivant avec le VIH et exposées au risque d’infection. Nous devons adopter les aspirations démocratiques, placer les populations clés au centre de notre riposte, fournir des ressources pour réduire les inégalités et les injustices, et promouvoir les environnements juridiques qui nous permettront de mettre fin au sida.
Ces 40 dernières années ont été difficiles, mais elles nous ont appris une chose : nous pouvons mettre fin au sida si le soutien, la recherche scientifique, la concentration et l’amour sont au rendez-vous.
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Press Release
L’ONUSIDA avertit que des millions de personnes mourront à cause du sida et que la pandémie continuera de faire des ravages si la classe dirigeante ne s’attaque pas aux inégalités
29 novembre 2021 29 novembre 2021GENÈVE, le 29 novembre 2021—L’ONUSIDA a émis aujourd’hui un avertissement fort : si la classe dirigeante ne parvient pas à lutter contre les inégalités, le monde pourrait enregistrer 7,7 millions* de décès dus au sida au cours des 10 prochaines années. L’organisation avertit également qu’en cas d’absence de mesures transformatives nécessaires pour mettre fin au sida, l’humanité restera également engluée dans la crise de la COVID-19 et aura de très mauvaises cartes en main pour faire face aux futures pandémies.
« Il s’agit d’un appel à l’action de toute urgence », a déclaré la directrice exécutive de l’ONUSIDA, Winnie Byanyima. « Les avancées contre la pandémie de sida, qui accusaient déjà un retard, sont confrontées aujourd’hui à des difficultés encore plus grandes alors que la crise de la COVID-19 continue de faire des ravages, perturbant entre autres les services de prévention et de traitement du VIH, la scolarisation et les programmes de prévention de la violence. Nous ne pouvons en aucun cas être placés devant le choix entre mettre fin à la pandémie de sida d’aujourd’hui et se préparer aux pandémies de demain. Il n’y a pas d’autre choix que d’atteindre ces deux objectifs. À l’heure actuelle, nous sommes bien partis pour les rater tous les deux. »
Cette mise en garde est présentée dans un nouveau rapport de l’ONUSIDA publié en amont de la Journée mondiale de lutte contre le sida (1er décembre) et intitulé Unequal, unprepared, under threat: why bold action against inequalities is needed to end AIDS, stop COVID-19 and prepare for future pandemics.
Certains pays, y compris ceux qui affichent les taux de VIH les plus élevés, ont accompli des progrès remarquables contre le sida. Ils montrent ainsi ce qui est possible. Cependant, avec 1,5 million de nouvelles infections au VIH en 2020 et des chiffres en augmentation dans certains pays, les nouvelles contaminations ne reculent pas assez vite dans le monde pour mettre fin à la pandémie. Les infections puisent également dans les inégalités. Six nouvelles infections au VIH sur sept chez les ados en Afrique subsaharienne touchent une adolescente. Dans le monde, les gays et autres hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les travailleur-ses du sexe et les toxicomanes ont 25 à 35 fois plus de risques de contracter le VIH.
La COVID-19 sape la riposte au sida dans de nombreuses régions. Le dépistage du VIH a ralenti de manière quasi homogène et, en 2020, moins de personnes séropositives ont commencé un traitement dans 40 pays sur 50 livrant un rapport à l’ONUSIDA. L’offre de prévention du VIH est elle aussi touchée. En 2020, les services de réduction des risques pour les toxicomanes ont connu des perturbations dans 65 % des 130 pays interrogés.
« Il est toujours possible de mettre fin à l’épidémie d’ici 2030 », a affirmé le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, dans son message pour la Journée mondiale de lutte contre le sida. « Mais cela nécessitera d’intensifier les efforts et la solidarité. Pour vaincre le sida et renforcer la résilience face aux futures pandémies, nous avons besoin d’une action collective. »
Ce nouveau rapport de l’ONUSIDA examine cinq éléments essentiels du plan adopté par les États membres lors de la Réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies sur le VIH/sida. Ces aspects fondamentaux doivent être mis en œuvre de toute urgence pour mettre fin à la pandémie de sida, mais ils manquent de financement et de priorisation pour la prévention, la préparation et la riposte à la pandémie. Ces éléments incluent :
- Des infrastructures dirigées par les communautés et situées au sein des communautés.
- Un accès équitable aux médicaments, vaccins et technologies de santé.
- Un soutien envers le personnel en première ligne de la pandémie.
- Des ripostes à la pandémie reposant sur les droits humains.
- Des systèmes de données centrés sur les personnes et qui révèlent les inégalités.
Des personnalités mondiales de la santé et de la riposte aux pandémies apportent leur soutien à l’appel à des investissements renforcés et à des changements de lois et de politiques pour mettre fin aux inégalités qui favorisent le sida et d’autres pandémies.
« Si nous ne prenons pas les mesures nécessaires pour lutter contre les inégalités qui favorisent le VIH aujourd’hui, non seulement nous ne parviendrons pas à mettre fin à la pandémie de sida, mais le manque de préparation de l’humanité sera dangereux face aux futures pandémies », a déclaré Helen Clark, co-présidente du Groupe indépendant sur la préparation et la riposte à la pandémie, dans un avant-propos spécial du rapport de l’ONUSIDA. « Les pandémies s’enracinent dans les fractures des sociétés pour s’épanouir. Le personnel scientifique, médical, infirmier et communautaire qui réalise un travail formidable pour mettre fin aux pandémies ne peut réussir que si les leaders mondiaux prennent les mesures qui leur permettront d’y parvenir. »
L’ONUSIDA et les experts mondiaux de la santé soulignent que des millions de personnes mourront et le monde sera englué pendant des décennies dans des pandémies concomitantes si les efforts sont maintenus au rythme actuel. Toutefois, les leaders peuvent, en faisant preuve de courage et de cohésion, lutter contre les inégalités qui nourrissent les pandémies, mettre fin au sida, surmonter la crise de la COVID-19 et assurer la protection contre la menace de pandémies futures.
« Les agents pathogènes, allant du VIH au virus à l’origine de la COVID-19, s’immiscent dans les failles et les fissures de notre société avec un opportunisme alarmant », a déclaré Paul Farmer de Partners in Health, une organisation à but non lucratif qui, depuis des décennies, lutte efficacement contre le sida dans des contextes de pauvreté matérielle. « Le fait que la pandémie de sida suive les inégalités structurelles profondes ne doit cependant pas nous faire baisser les bras. Nos équipes, dans la campagne haïtienne et dans le monde entier, ont systématiquement montré qu’il est possible de réduire rapidement les disparités dans les résultats liés au VIH et de renforcer sans attendre les systèmes de santé en fournissant une prise en charge complète, des solutions solides de prise en charge et d’assistance sociale, ainsi qu’en apportant une plus grande dose de justice sociale. Nous ne devons pas nous fixer un objectif inférieur à cela. »
Cette année marque les 40 ans du signalement des premiers cas de sida. D’énormes progrès, en particulier dans la démocratisation de l’accès au traitement, ont été accomplis depuis le moment où les investissements ont été à l’hauteur des ambitions. En juin 2021, 28,2 millions de personnes avaient accès au traitement anti-VIH, contre 7,8 millions en 2010, bien que les progrès aient considérablement ralenti.
Les pays dotés de lois et de politiques reposant sur des données probantes, et jouissant d’une implication et d’un engagement forts des communautés, mais aussi de systèmes de santé solides et inclusifs ont obtenu les meilleurs résultats, tandis que les régions présentant les déficits de ressources les plus importants et les pays disposant de lois punitives qui n’ont pas adopté une approche à la santé fondée sur les droits sont les plus touchés.
« Nous savons ce qui fonctionne grâce aux ripostes contre le sida qui livrent des résultats exceptionnels dans certains endroits, » a déclaré Mme Byanyima, « mais nous devons généraliser ces bonnes pratiques sans oublier personne. Nous disposons d’une stratégie efficace qui a été adoptée par les dirigeantes et dirigeants. Toutefois, nous devons mettre chacun de ses aspects en œuvre, sans exception. Mettre fin aux inégalités pour mettre fin au sida est un choix politique qui nécessite des réformes politiques audacieuses et des financements. Nous sommes à la croisée des chemins. Les leaders ont le choix entre des actions audacieuses et des demi-mesures. »
* L’estimation de 7,7 millions de décès liés au sida entre 2021 et 2030 correspond aux prévisions des modèles de l’ONUSIDA si la couverture des services anti-VIH reste au niveau de 2019. Si la Stratégie mondiale contre le sida 2021–2026 : Mettre fin aux inégalités, mettre fin au sida et les objectifs pour 2025 sont atteints, l’ONUSIDA estime qu’au moins 4,6 millions de ces décès peuvent être évités au cours de la décennie.


Feature Story
Cinq questions sur la riposte au VIH au Gabon
02 novembre 2021
02 novembre 2021 02 novembre 2021Au terme du Sommet de l’Afrique occidentale et centrale sur le VIH/sida qui s’est tenu à Dakar du 31 octobre au 2 novembre 2021, l’ONUSIDA a posé à ses directeurs nationaux de la région cinq questions sur la riposte au sida dans leur pays. Voici les réponses de Françoise NDAYISHIMIYE, Directrice nationale de l’ONUSIDA au Gabon
« Au terme de ce sommet, je rentre avec quelques messages importants qui vont inspirer mon plaidoyer et l’organisation de l’appui au pays : (1) Le sommet a souligné un besoin de renforcement des infrastructures et du financement des organisations communautaires pour permettre leur meilleure implication dans les systèmes de santé. Je salue le Président Macky Sall qui donne l’exemple en promettant aux acteurs de la société civile de son pays un million de francs CFA pour le renforcement de leurs actions. C’est un exemple qui devrait être suivi par d’autres Chefs d’Etat, cela va faire partie de mon plaidoyer ; (2) La nécessité de mettre à jour les politiques de santé pour les aligner sur les données scientifiques les plus récentes pour répondre à la pandémie de VIH centré sur la réduction des inégalités. Le Gabon pourra y arriver car le pays s’apprête à préparer son nouveau plan stratégique 2023-2027. L’ONUSIDA va accompagner ce processus et appellera la conjugaison des efforts de toutes les organisations coparraines à faire de même ; (3) la nécessité de mettre en place un mécanisme de suivi de l’appel et des recommandations issus de ce sommet. »
Le Gabon a des atouts et avance à petit pas mais surement dans sa réponse au VIH. Avec un soutien approprié, le pays peut reprendre la trajectoire visant à éliminer le sida d’ici à 2030. L’accès au dépistage et aux traitements antirétroviraux (ARV), gratuit depuis 2005, s’est modernisé avec la généralisation de l’utilisation du Dolutégravir ; la décentralisation de la prise en charge ; et l’implication accrue de la société civile dans l’accompagnement des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) sous traitement ARV. La législation a dépénalisé l’homosexualité pour favoriser leur accès aux services de prévention et de prise en charge. Les législations en faveur de l’égalité de l’homme et de la femme et contre les violences faites aux femmes sont des ajouts majeurs qui favoriseront l’environnement juridique et politique pour accélérer la réponse au VIH.
Il reste cependant des progrès à faire dans le renforcement de la chaîne d’approvisionnement et de gestion des intrants en particulier des antirétroviraux pour éviter des ruptures de stock des intrants nécessaires pour les luttes contre le VIH et les autres endémies. En outre, il faudra investir des ressources conséquentes pour renforcer la prévention et prioriser davantage les populations clés et notamment les adolescents et les jeunes y compris ceux qui vivent avec le VIH : ils ont besoin d’être soutenus par des pairs, de recevoir une éducation sur la santé sexuelle et reproductive à l’école et en dehors, afin de leur garantir un avenir sans VIH. Pour y arriver, une réponse multisectorielle est indispensable. En tant que pays champion pour l’initiative Education Plus, le Gabon est le mieux placé pour accélérer des actions holistiques pour prévenir les nouvelles infections chez les jeunes et en particulier les jeunes filles.
1. Quels sont les principaux progrès réalisés dans la riposte de votre pays à l’épidémie de VIH au cours des cinq dernières années ?
Ces cinq dernières années ont été marquées de plusieurs grandes avancées au Gabon. Tout d’abord, à la politique de gratuité des tests de dépistage et des antirétroviraux (ARV) pour toutes les lignes thérapeutiques adoptée depuis 2005, s’est ajoutée l’adoption de la politique « Tester et traiter », la décentralisation des services de prise en charge et la prise en charge totale de la femme enceinte séropositive.
Le Dolutégravir est désormais inclus dans le protocole de première intention y compris chez la femme enceinte ou allaitante. Davantage d’efforts ont été investis dans la lutte conjointe contre le VIH et la tuberculose, telle que l’utilisation des appareils GenXpert pour la réalisation du diagnostic précoce (PCR) et de la charge virale VIH dans toutes les provinces.
Dans l’ensemble, l’implication de la société civile dans la réponse au VIH, à la tuberculose et aux autres pandémies a été renforcée, bien que beaucoup reste à faire à ce niveau.
La dépénalisation de l'homosexualité a été votée et signée par le président Bongo le 7 juillet 2020, permettant un meilleur accès aux services et un environnement favorable pour diminuer la stigmatisation et la discrimination.
2. Quels sont les principaux défis à relever ?
Les cinq dernières années ont été marquées par des ruptures de stock répétitives pour les ARV, les tests de dépistage du VIH et les préservatifs. Elles sont généralement liées à la faible qualité de la planification des besoins, de l’organisation de toute la chaîne d’approvisionnement et de gestion des intrants en particulier des antirétroviraux, et l’insuffisance des fonds au moment opportun.
La reconnaissance, la valorisation des apports des organisations de la société civile et l’institutionnalisation des acteurs de la santé communautaire (ASC) reste un défi majeur au Gabon. Ces derniers n’ont pas de cadre juridique pour le rôle qu’ils jouent dans la réponse au VIH.
La prise en charge pédiatrique reste problématique avec moins de 40% des enfants séropositifs ayant accès aux traitements ARV. L'appui aux adolescents et aux jeunes vivant avec le VIH sur le plan socio-éducatif et médical reste insuffisant. Il est primordial de mettre en place un cadre adéquat dédié aux adolescents pour leur prise en charge et de renforcer les réseaux de PVVIH et de jeunes qui permettraient de mettre en œuvre des liens de coaching et de mentoring.
Enfin, l’allocation des ressources gouvernementales ne couvre pas le minimum des besoins des PVVIH, et souvent favorise le financement du traitement ARV au détriment de la prévention. Il faut investir davantage de moyens dans la sensibilisation et prévention du VIH et autres infections sexuellement transmissibles, en particulier auprès des populations difficiles d’accès et au niveau de la zone des trois frontières (Gabon, Cameroun et Guinée Equatoriale) où la prévalence du VIH est deux fois plus élevée par rapport à la prévalence nationale (estimations nationales).
3. Comment la COVID-19 a-t-elle affectée la riposte au VIH dans votre pays ?
L’accessibilité géographique et financière des patients aux soins VIH a été limités. Nous continuons à observer des retards d’approvisionnement avec des ruptures de stock de certains médicaments ARV et autres intrants qui limitent l’opérationnalisation de la politique de donner trois à six mois de traitement ARV aux patients stables.
Bien que l’implication des acteurs communautaires ait permis d’améliorer la situation, la vulnérabilité des PVVIH est notable pendant la crise de la COVID-19 du fait du ralentissement des activités liées au VIH, et la difficulté d’accéder aux soins en cas de maladies opportunistes.
4. Qui sont les leaders méconnus de la riposte au sida dans votre pays ?
Je souhaite saluer les rôles clés joués par les associations et les réseaux des personnes vivant avec le VIH qui se battent pour améliorer la prise en charge de leurs pairs en difficulté avec un soutien financier quasi inexistant. J’appelle à plus de soutien à leur endroit pour diminuer le fardeau qu’ils portent bénévolement et sans moyen. J’appelle également à des efforts conjoints dans l’action impliquant les associations des PVVIH, les communautés LGBTI, les mouvements de jeunes, les femmes et hommes des médias, les célébrités, notamment les sportives, les chanteurs, les danseurs qui sont des modèles pour les jeunes et les leaders traditionnels et religieux qui ont une part importante dans la réponse au VIH. Tout en saluant les efforts du gouvernement dans la prise en charge, j’appelle à un effort additionnel pour la prévention. Enfin le secteur privé pourrait jouer un rôle important au Gabon et aider à faire la différence en accompagnant les actions de prévention du VIH au Gabon. C’est tous ensemble qu’on arrivera à éliminer le sida comme problème de santé publique d’ici à 2030 !
5. Si vous pouviez demander à votre chef d’État de changer une chose pour renforcer la riposte au VIH, quelle serait-elle ?
J’ai deux requêtes : (1) Rendre la lutte contre le sida véritablement multisectorielle et investir aussi bien dans la prise en charge des PVVIH que dans la prévention du VIH. (2) Octroyer une attention particulière et un soutien financier aux associations de lutte contre le sida, en particulier ceux des personnes vivant avec le VIH qui sont épuisées par des efforts bénévoles continus.
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Press Release
Le sommet se conclut par un appel à l'action pour réinventer la réponse à la pandémie de VIH et mettre fin au sida en Afrique occidentale et centrale
02 novembre 2021 02 novembre 2021Le Président du Sénégal, Macky Sall, s'engage à verser 3,5 millions de dollars supplémentaires pour soutenir la réponse au VIH et cet appel à l'action
DAKAR/GENÈVE, 3 novembre 2021—Un sommet régional de trois jours sur le sida, qui s'est tenu à Dakar, au Sénégal, s'est conclu par un appel à l'action qui demande instamment un soutien plus fort aux réponses de santé menées par les communautés, des politiques fondées sur la science et les données, un investissement accru dans la réponse au VIH et la mise du VIH au centre de la préparation et de la réponse aux futures pandémies. Dans son discours de clôture, le Président du Sénégal, Macky Sall, s'est engagé à porter cet appel à l'action auprès de l'Union africaine et a promis des fonds supplémentaires pour le mettre en œuvre au Sénégal et dans toute la région.
L'Afrique occidentale et centrale compte 4,7 millions de personnes vivant avec le VIH, soit 12 % des personnes vivant avec le VIH dans le monde, mais enregistre 22 % de tous les décès liés au sida dans le monde. En moyenne, les pays de la région ont connu une baisse plus lente des infections à VIH que les autres pays du continent et la prévalence du VIH chez les femmes est nettement plus élevée que chez les hommes. L'accès au dépistage et au traitement du VIH a atteint 73 % des personnes vivant avec le VIH en 2020, contre 38 % en 2015. Bien qu’encourageant, cela reste en deçà de l'objectif de 81 % qui avait été fixé pour 2020. La région compte le plus grand nombre de femmes enceintes séropositives au monde qui attendent encore un traitement, et seuls 24 % des enfants vivant avec le VIH ont une charge virale indétectable.
L'Appel de Dakar pour réinventer la réponse à la pandémie de VIH demande une action urgente dans quatre domaines principaux :
1. Renforcer les infrastructures des organisations communautaires pour renforcer les systèmes de santé des pays grâce à l’adoption de politiques sanitaires adéquates, et à la mobilisation de financements durables. Trop de personnes dans notre région, parmi les plus vulnérables, n’ont pas accès aux systèmes de santé classiques. Il est prouvé que les organisations et réseaux de la société civile sont essentiels pour répondent à ces défis. Il s'agit notamment d’élargir l’offre de services de traitement et de prévention du VIH par des organisations communautaires en partenariat avec le système de santé publique, de veiller à ce que la société civile organisée et les communautés affectées soient incluses en tant que partenaires essentiels dans les instances de prise de décision, et de construire des structures de responsabilité comme la surveillance dirigée par la communauté.
2. Mettre à jour les politiques de santé pour les aligner sur les données scientifiques les plus récentes pour répondre à la pandémie de VIH. Les pays qui ont aligné un plus grand nombre de leurs politiques relatives au VIH sur les données scientifiques et les preuves, et leurs programmes de mise en œuvre de ces politiques, ont fait de plus grands progrès contre le sida. Les gouvernements sont invités à revoir leurs politiques sanitaires à la lumière des données scientifiques et des preuves d’efficacité les plus récentes et à adapter les programmes. Ceci est une condition essentielle pour améliorer la réponse au VIH, en particulier pour répondre aux besoins spécifiques des personnes les plus vulnérables, et mettre fin au sida.
3. Augmenter de 33% les ressources nationales et internationales consacrées au VIH dans la région d'ici 2025 et supprimer les obstacles financiers à l’accès individuel des personnes vivant avec le VIH aux services de santé. Des études de l’ONUSIDA révèlent que 2,67 milliards de dollars d'ici 2025, soit une augmentation de 33%, garantirait un financement suffisant pour une réponse complète au VIH dans la région. Les progrès insuffisants de la réponse à la pandémie de VIH ne font qu'accroître les coûts à long terme qui pèseront sur des budgets de santé déjà surchargés.
4. Placer la réponse au VIH, et la COVID-19, au centre du dispositif pour préparer et répondre à l’émergence possible de futures pandémies. De nombreuses mesures restent à prendre pour accélérer seront aussi utiles pour prévenir l’émergence de futures pandémies et y faire face le cas échéant. Ces mesures incluent de développer et de protéger le personnel de santé formel et informel, d’informer les décisions par des données scientifiques, de mettre en œuvre des réponses fondées sur les droits et de garantir un accès équitable aux nouvelles technologies médicales.
Ces quatre actions devraient être mises en œuvre au cours des trois prochaines années et permettraient à la région de se rapprocher de l'objectif mondial de 2025, à savoir que 95 % des personnes connaissent leur statut VIH, 95 % des personnes connaissant leur statut VIH commencent un traitement et 95 % des personnes sous traitement soient sous suppression virale. Elles contribueraient à une réduction spectaculaire du nombre de décès liés au sida et de nouvelles infections à VIH dans la région.
L'Afrique occidentale et centrale a été à l'avant-garde de certains des efforts les plus innovants et les plus fructueux de la réponse mondiale au VIH. Mettre fin au sida dans le cadre du programme de développement durable 2030 reste une priorité, même si la région est confrontée à de multiples défis, notamment la réponse à la pandémie de COVID-19, les nombreuses crises économiques et sécuritaires, et le changement climatique.
Au cours du sommet, les gouvernements, les acteurs de la société civile, les organisations dirigées par les communautés, les scientifiques et d'autres partenaires ont examiné les nouvelles données et les progrès réalisés contre le VIH au cours des cinq dernières années et ont pris note de la nouvelle Stratégie mondiale de lutte contre le sida 2021-2026 de l'ONUSIDA et de la Déclaration politique sur le VIH et le sida de l'Assemblée générale des Nations Unies intitulée « Mettre fin aux inégalités et se mettre sur la voie de l'élimination du sida d'ici à 2030 ».
Le sommet a été co-organisé par l'ONUSIDA et l'Institut de la société civile sur le VIH et la santé en Afrique occidentale et centrale, sous l’égide du Président du Sénégal, Macky Sall. Il s'est tenu avec le soutien du Luxembourg et de la Fondation Bill et Melinda Gates.
Quotes
« Le mot clé aujourd'hui plus que jamais est la mobilisation. Mobilisons-nous pour le financement, pour la recherche et pour la vaccination. Je m'engage à travailler avec vous pour plaider auprès de l'Union africaine et des partenaires pour que le financement de la lutte contre le VIH soit renforcé et que ce renforcement puisse commencer par nos Etats africains eux-mêmes. J'engage 2 milliards de francs CFA (3,5 millions de dollars) supplémentaires dans la lutte contre le VIH, dont un milliard sera donné à la lutte communautaire par la société civile et l'autre milliard ira au Conseil national de lutte contre le sida pour aider les personnes vivant avec le VIH. »
« Les faits montrent que la riposte au sida est plus efficace lorsque les organisations dirigées par la communauté fournissent des services en tant que partie intégrante de la réponse publique, qu'elles sont impliquées en tant que co-planificateurs, qu'elles peuvent mettre en avant leurs expériences et leurs préoccupations et qu'elles jouent leur rôle essentiel pour garantir que chaque partie prenante soit tenue responsable. Cette conférence lance un appel audacieux pour supprimer les obstacles juridiques, politiques et programmatiques qui empêchent la région de mettre fin au sida et pour augmenter les ressources afin de libérer le pouvoir des organisations locales pour nous aider à mettre fin aux décès liés au sida et aux nouvelles infections à VIH. »
« Il s'agit d'un développement important pour l'Afrique occidentale et centrale, puisque le gouvernement du Sénégal et l'ONUSIDA ont co-organisé ce sommet de haut niveau avec la société civile en tant que partenaires égaux—montrant ce qui est possible lorsque le gouvernement, les parties prenantes internationales et la société civile s'unissent pour répondre à une pandémie. »
« Si nous voulons atteindre les ODD, nous devons accroître le soutien public au développement. Nous devons renforcer les systèmes qui ont souffert pendant la pandémie de COVID-19 et rendre les systèmes de santé plus résilients. »
« Nous savons que les pandémies telles que la COVID-19, le VIH et la tuberculose exacerbent les inégalités et s'en nourrissent—le monde doit prendre des mesures pour lutter contre les inégalités et les autres obstacles à la santé afin de mettre fin au sida. »
« Les soins pédiatriques sont faibles dans notre région. Les enfants nés avec le VIH meurent trop souvent de maladies liées au sida. Nous comptons sur votre leadership et votre volonté politique pour que les enfants ne soient plus oubliés. Pour la société civile, l’Appel de Dakar représente un nouveau départ. »
Contact
UNAIDSCharlotte Sector
tel. +41 79 500 8617
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gijsenberght@unaids.org
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Cinq questions sur la riposte au VIH au Togo
01 novembre 2021
01 novembre 2021 01 novembre 2021À la veille du Sommet de l’Afrique occidentale et centrale sur le VIH/sida qui se tiendra à Dakar du 31 octobre au 2 novembre 2021, l’ONUSIDA a posé à ses directeurs nationaux de la région cinq questions sur la riposte au sida dans leur pays. Voici les réponses de Eric VERSCHUEREN, Directeur national de l’ONUSIDA au Togo.
« La riposte au VIH a fait preuve d’une résilience exemplaire lors de l’épidémie de COVID-19 au Togo. Le pays se démarque par sa bonne gestion de la crise, l’intégration avancée des acteurs communautaires dans la riposte et sa contribution aux deux derniers appels à la reconstitution des ressources du Fonds mondial »
Le Togo signe des progrès impressionnants en matière de réductions des nouvelles infections et des décès liés au VIH, et s’attaque aux questions liées aux droits de l’homme et au genre. Cependant, les efforts doivent persévérer pour lutter contre les inégalités profondes du pays, les risques qu’encourent les jeunes et les adolescents et pour fournir l’accompagnement psychologique, social et nutritionnel que nécessitent les personnes vivant avec le VIH.
Dans le contexte de COVID-19, les systèmes de santé résistent bien à la pression des nouveaux patients et des nouveaux besoins. Mais l’impact de l’épidémie se fait sentir sur l’économie et la compétition budgétaire entre ministère va être forte au sortir de la crise—il ne faudra pas oublier que les ressources domestiques sont essentielles à la riposte au VIH.
1. Quels sont les principaux progrès réalisés dans la riposte de votre pays à l’épidémie de VIH au cours des cinq dernières années ?
La lutte contre le VIH au Togo avance, et les plans sont ambitieux. Les estimations de AIDSINFO/Spectrum montrent une réduction des nouvelles infections de plus de 50% (de 5,200 par an en 2010 à 2,400 en 2020) et des décès liés au VIH (de 6,600 par an en 2010 à 3,000 en 2020). Le Plan Stratégique National 2021-2025 inclus désormais un axe particulier sur les droits humains et le genre. Un index sur la stigmatisation a vu le jour en 2021, et une évaluation des lacunes dans les textes légaux a eu lieu. Une évaluation des questions de genre dans la riposte au VIH aura lieu d’ici la fin de l’année, et un nouveau plan stratégique spécifiquement sur les droits humains et le genre sera développé début 2022.
2. Quels sont les principaux défis à relever ?
Il faut accentuer, en priorité, les efforts en termes de traitement et de prévention pour atteindre l’objectif « 95-95-95 » c’est-à-dire que 95% des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) connaissent leur statut ; 95% d’entre elles reçoivent un traitement antirétroviral (ARV) et 95% de celles-ci aient une charge virale supprimée. Pour cela, il faut améliorer l’accès aux services préventifs et de traitement des jeunes et des adolescents, renforcer l’accompagnement psychologique, social et nutritionnel des PVVIH, et continuer le plaidoyer pour améliorer l’environnement des populations clés. Bien entendu, réduire les inégalités sera également primordial.
3. Comment la COVID-19 a-t-elle affecté la riposte au VIH dans votre pays ?
Il n’y a heureusement pas eu rupture de l’offre des services VIH au Togo lors de l’épidémie de COVID-19. Entre avril et juin 2020, il y a eu une chute de fréquentation des services dû à une appréhension devant cette nouvelle maladie. Cette situation a été corrigée, entre autres par certaines mesures du ministère de la Santé, de l’Hygiène Publique et de l'Accès Universel aux Soins. Du fait du ralentissement de la production de médicaments en Inde et des problèmes liés au transport, il y a eu une tension importante sur la disponibilité des intrants nécessaires à la riposte au VIH (tests, ARV, et autres). Cependant, grâce à une bonne coordination et l’intervention des partenaires, une rupture problématique a pu être évitée.
4. Qui sont les leaders méconnus de la riposte au sida dans votre pays ?
La riposte est déjà très inclusive grâce à l’implication effective des acteurs gouvernementaux, du parlement, des collectivités territoriales, du secteur communautaire, du secteur privé et des partenaires techniques et financiers.
Depuis 2015, une politique nationale des interventions à base communautaire existe, assortie d’un plan stratégique. Les associations de la société civile en sont les principaux acteurs. Outre les associations, les pairs éducateurs/animateurs, et les médiateurs assurent la mise en œuvre des activités du volet communautaire sous la supervision des ONG.
Les organisations de société civile sont regroupées dans une plateforme pour la lutte contre le VIH, et inclut aussi des réseaux des religieux regroupant chrétiens, musulmans et animistes. Elles représentent 7% des structures accréditées, mais elles assurent la prise en charge médicale de 30% des PVVIH. Elles assurent aussi la quasi-totalité des services de prévention et de prise en charge psychosociale. Il existe des réseaux regroupant des PVVIH (RAS+), des hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes (Cupidon), et des professionnelles du sexe (AFAZ).
Cette plateforme reçoit des financements du Fonds mondial.
5. Si vous pouviez demander à votre chef d’État de changer une chose pour renforcer la riposte au VIH, quelle serait-elle ?
Malgré les difficultés dû au COVID-19 et la compétition des autres priorités et des autres ministères, il faut augmenter la contribution financière de l’État. Il faut souligner cependant que lors des deux derniers appels à la reconstitution des ressources du Fonds mondial, le Togo a contribué un million de dollars—un bon exemple de solidarité globale.
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Cinq questions sur la riposte au VIH au Niger
01 novembre 2021
01 novembre 2021 01 novembre 2021À la veille du Sommet de l’Afrique occidentale et centrale sur le VIH/sida qui se tiendra à Dakar du 31 octobre au 2 novembre 2021, l’ONUSIDA a posé à ses directeurs nationaux de la région cinq questions sur la riposte au sida dans leur pays. Voici les réponses de El Hadj FAH, Directeur national de l’ONUSIDA au Niger
« La rapide mise en place de la dispensation de six mois d’antirétroviraux aux personnes vivant avec le VIH a fait une vraie différence dans l’adhérence au traitement pendant la crise de COVID-19 au Niger. Les acteurs communautaires ont joué un rôle remarquable et leur participation à la riposte devrait être renforcée à l’avenir »
Si les tendances sont en bonne voie en matière de prévalence, incidence et mortalité liée au sida, la transmission de la mère à l’enfant et la prise en charge pédiatrique sont des domaines à améliorer. Une meilleure gestion logistique, davantage de ressources nationales et la mise en place de la délégation des tâches aux acteurs communautaires sont nécessaires pour véritablement mettre fin à l’épidémie de VIH.
Dans le contexte de COVID-19 cependant, le pays a très vite réagi et mis en place la distribution des médicaments antirétroviraux pour six mois aux patients stables, ce qui a permis de limiter l’interruption des traitements. Au sortir de la crise, il faudra reprioriser la riposte au VIH et investir dans la pleine intégration des acteurs communautaires.
1. Quels sont les principaux progrès réalisés dans la riposte de votre pays à l’épidémie de VIH au cours des cinq dernières années ?
On salue tout d’abord la réduction du taux de prévalence passant de 0,4% (EDSN-2012) en 2012 à 0,2% en 2020 (estimation SPECTRUM 2020) et la diminution des nouvelles infections et de décès liés au VIH au sein de la population générale et chez les populations clés. Dans le même temps, la couverture de traitement antirétroviral (ARV) a été grandement améliorée, en permettant à près de 70% des personnes vivant avec le VIH d’y avoir accès (GAM 2020).
2. Quels sont les principaux défis à relever ?
Malheureusement, la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant reste faible : moins de la moitié des femmes y ont accès, et la transmission a lieu dans plus de 15% des naissances. La prise en charge pédiatrique doit être améliorée, car moins de 40% des enfants vivant avec le VIH ne reçoivent de traitement (GAM 2020).
Le financement national et domestique de la réponse au VIH demeure faible, et la réponse communautaire devrait être renforcée. La mise en place de l’approche de la délégation des tâches aux acteurs de santé communautaires devrait être favorisée tout en investissant davantage dans la décentralisation des programmes communautaires. Des progrès sont également nécessaires dans le domaine de la gestion de l’approvisionnement et des stocks des intrants—tests, médicaments, et autres—pour éviter des ruptures.
3. Comment la COVID-19 a-t-elle affecté la riposte au VIH dans votre pays ?
L’épidémie de COVID-19 a apporté son lot de complications, notamment en limitant l’accès aux structures de santé, y compris pour les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) et les populations clés.
L’urgence de la situation a entraîné une surcharge de travail pour les personnels de santé y compris les prestataires VIH. La plupart des ressources matérielles et financières allouées au VIH a été réorientée vers à la riposte à la COVID-19.
Dans ce contexte difficile, on peut saluer l’introduction de l’approche de dispensation multi-mois qui a permis de fournir aux PVVIH stables leur traitement pour 6 mois au lieu de 3 mois—une meilleure garantie d’adhérence au traitement, surtout en période de crise. De plus, une assistance financière directe a été donnée aux patients les plus vulnérables, tels que les PVVIH et les populations clés.
4. Qui sont les leaders méconnus de la riposte au sida dans votre pays ?
Les premiers sur ma liste sont les acteurs communautaires qui jouent un rôle essentiel dans la réponse nationale au VIH au Niger : les médiatrices communautaires ; les Assistants Psycho-Sociaux (APS) placés dans les sites prescripteurs, qui accompagnent les PVVIH dans le traitement, l'éducation thérapeutique et la recherche des personnes qui interrompent leur traitement ; et les relais, ces acteurs communautaires qui appuient le ministère de la Santé Publique.
Je souhaite également saluer les leaders d’associations et réseaux de PVVIH et populations clés—tels que les Super Leaders, qui sont des pairs éducateurs au sein des populations clés qui conduisent des sessions de sensibilisation, de mobilisation pour le dépistage et l'orientation au traitement. Ils sont aussi formés pour le dépistage démédicalisé.
Sans oublier le travail des leaders traditionnels tels que les chefs de province et les leaders religieux.
5. Si vous pouviez demander à votre chef d’État de changer une chose pour renforcer la riposte au VIH, quelle serait-elle ?
Allouer plus de ressources pour la réponse nationale et renforcer la participation communautaire.
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République centrafricaine : s'adapter pour que les personnes vivant avec le VIH continuent à prendre leur traitement
31 octobre 2021
31 octobre 2021 31 octobre 2021Pour lutter contre le faible nombre de personnes vivant avec le VIH sous traitement en République centrafricaine, le pays teste de nouvelles approches thérapeutiques.
L'une consiste à distribuer jusqu'à 6 mois de médicaments, ce que l'on appelle la distribution multimensuelle. L'autre est la distribution communautaire d'ARV.
Le plan stratégique national de lutte contre le VIH 2021-2025 de la RCA, a identifié ces approches différenciées au niveau communautaire et hospitalier et l'a expérimenté.
Dans la capitale, Bangui, quatre pilotes ont ouvert et 15 sites vont progressivement proposer des MMD (dispensation plurimensuelle), des bilans de santé et des actions de proximité grâce au financement du Fonds mondial. Cela fait suite au succès des groupes de traitement à base communautaire (GTC ou CAG) introduits par le ministère de la Santé publique et de la Population et le Conseil national de lutte contre le sida (CNLS) en 2015, avec le soutien de l'ONG Médecins sans frontières.
Certains membres de la communauté délivrent un traitement antirétroviral aux personnes vivant avec le VIH, en particulier dans les zones rurales ou en proie à des conflits. Les résultats ont montré que la prise du traitement était beaucoup plus régulière et que les personnes vivant avec le VIH avaient un taux de suppression virale de 75 %.
En outre, avec le soutien de l'ONUSIDA dans le cadre d'une subvention luxembourgeoise, le pays a mis en place un comité de pilotage pour superviser l'élargissement des services différenciés, a élaboré et validé des directives nationales sur la fourniture de services différenciés et deux guides sur la délivrance de médicaments sur plusieurs mois et la possibilité d'obtenir des renouvellements dans un cadre non hospitalier.
Fin octobre, des cliniciens, des techniciens de laboratoire, des prestataires de soins de santé et des agents de santé communautaires des quatre centres de santé pilotes ont participé à un atelier pour passer en revue les nouvelles approches et directives. Le CNLS et la Division of Communicable Disease Control (DLMT) du pays étaient convaincus que s'adapter ainsi à l'épidémie de VIH était une bonne mesure pour maintenir les patients sous traitement. Actuellement, moins de la moitié des personnes vivant avec le VIH prennent des médicaments vitaux (88 000 à 100 000 personnes vivent avec le VIH en RCA).
Le Dr Marie-Charlotte Banthas de la DLMT a déclaré que "les modèles de traitement différencié ont démontré une amélioration constante de l'engagement des patients et de la rétention des soins, tout en libérant du temps pour les soins des personnes atteintes d'une maladie avancée." Elle a ensuite ajouté : "C'est un modèle de soins pour les personnes vivant avec le VIH et le personnel travaillant dans le domaine du VIH, un modèle de vie."
Ces approches sont arrivées au bon moment, compte tenu des blocages dus au COVID-19, a remarqué Marie Engel, directrice nationale de l'ONUSIDA en RCA.
"Avec la trajectoire prévue à long terme de la pandémie de Covid, il est encore plus nécessaire d'adapter le système pour réduire les interruptions de service et ne pas voir les récents progrès de la lutte contre le VIH se ralentir", a-t-elle déclaré.
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Opinion
Comment mettre fin à l'épidémie de sida en Afrique occidentale et centrale
31 octobre 2021
31 octobre 2021 31 octobre 2021Winnie Byanyima, Directrice Exécutive de l’ONUSIDA
L'épidémie de sida en Afrique occidentale et centrale est une urgence permanente. Les premières avancées obtenues contre le VIH dans cette région ne se sont pas traduites par les progrès durables qui ont pu être réalisés dans d'autres parties de l'Afrique subsaharienne.
L'année dernière, la région a enregistré 150 000 décès liés au sida et 200 000 personnes ont été nouvellement infectées par le VIH. Chaque semaine, plus de 1000 adolescentes et jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans sont infectées par le VIH dans la région. En Afrique occidentale et centrale, 1,2 million de personnes attendent toujours de pouvoir commencer leur traitement pour le VIH qui leur sauvera la vie. Seuls 35% des enfants vivant avec le VIH en Afrique occidentale et centrale reçoivent un traitement.
Or la crise de la COVID-19 a entravé les services et exacerbé les inégalités qui alimentent l'épidémie de VIH. Si nous n'agissons pas maintenant, non seulement de nombreuses autres vies seront perdues, mais contenir la pandémie de sida sera d’autant plus difficile et coûteux dans les années à venir.
Mettre fin au sida est possible : il existe un ensemble d'approches qui ont prouvé leur efficacité, y compris dans des contextes difficiles.
Qu’il s’agisse du leadership du Cap Vert en matière d'élimination de la transmission verticale du VIH, ou de la décision du Cameroun, l'année dernière, de supprimer les frais d'utilisation pour tous les services liés au VIH dans les établissements de santé publique et les sites communautaires agréés, de nombreux exemples qui montrent la voie existent déjà. En alignant les politiques publiques sur celles qui ont fait leurs preuves, nous pouvons mettre fin au sida comme nous l'avons promis.
Les pays et les communautés tirent déjà parti de l'expérience et de l'expertise de la réponse au sida pour réduire l'impact de la COVID-19 dans toute la région. De la Côte d'Ivoire à la Guinée en passant par le Sénégal, les autorités de santé publique, les organisations internationales, les acteurs de la société civile et les communautés de personnes vivant avec et affectées par le VIH ont travaillé ensemble pour s'assurer que les personnes vivant avec le VIH continuent de recevoir leurs médicaments. Elles se sont afférées à fournir des services de soins et de prévention de manière sûre et innovante, à livrer de la nourriture aux personnes qui avaient perdu leurs revenus en raison des confinements, à transmettre des messages sur l'importance de l'hygiène et de la distanciation sociale pour rester en bonne santé, et à dissiper les mythes qui alimentent la stigmatisation et la discrimination et affaiblissent les messages de santé publique.
Cet esprit de coopération et de partenariat est essentiel pour renforcer les réponses aux pandémies.
Cette semaine, sous l’égide du Président du Sénégal, Macky Sall, l'ONUSIDA et l'Institut de la société civile pour le VIH et la santé en Afrique occidentale et centrale organisent un sommet à Dakar, sur les manières de combler les lacunes de la riposte au VIH dans la région et renforcer la préparation aux pandémies.
Voici trois des mesures audacieuses que nous devons prendre.
Premièrement, valoriser et soutenir les communautés pour qu’elles soient au centre de la planification et des services.
Les communautés connaissent la situation sur le terrain - il faut leur donner les ressources et l'espace nécessaires pour mener la riposte. Les pays doivent mettre en place un environnement propice à la pleine participation des communautés à la fourniture de services en tant que partie intégrante de la réponse de santé publique. Elles doivent être invitées à la table des discussions en tant que co-planificateurs. Ainsi elles pourront mettre en avant leurs expériences et préoccupations, et jouer leur rôle essentiel dans l’évaluation de la performance des réponses de santé.
Les pays doivent lever les obstacles juridiques, politiques et programmatiques qui freinent cette évolution, et augmenter leur soutien financier pour enfin permettre la contribution incomparable des communautés.
Deuxièmement, augmenter les investissements.
Les pays doivent accroître l’ampleur des prestations en matière de prévention, de dépistage et de traitement, et éliminer tous les obstacles financiers afin de garantir un accès universel aux services.
L'engagement d'Abuja d'investir 15% des budgets gouvernementaux dans la santé publique doit être respecté. Les engagements conjoints pris par les ministres de la santé et des finances lors de la Réunion des Dirigeants Africains d'augmenter les recettes nationales consacrées à la santé doivent être tenus.
Les bailleurs de fonds internationaux doivent eux aussi intensifier leur soutien, alors que nous traversons la pire crise depuis des décennies. Pour créer l'espace budgétaire nécessaire, il faudra annuler la dette afin de soutenir les gouvernements à accroître les investissements pour la santé et à s’attaquer aux déterminants sociaux qui aggravent les risques du VIH et de pandémie.
Une action internationale visant à prévenir une concurrence fiscale nuisible et les flux financiers illicites est également essentielle. Il est difficile d'avancer vers une fiscalité équitable et progressive, et d'augmenter les revenus nationaux, lorsque les grandes entreprises et les particuliers fortunés ont systématiquement la possibilité, au niveau international, d'échapper aux impôts que le citoyen ordinaire doit payer, et qui sont essentiels pour la santé, l'éducation, la protection sociale et l'investissement économique.
Troisièmement, s'attaquer aux inégalités qui alimentent l'épidémie.
La COVID-19 a une fois de plus montré au monde comment les épidémies se nourrissent des inégalités, tant entre les pays qu’au sein même de ceux-ci. La nouvelle stratégie de l'ONUSIDA adoptée plus tôt cette année place la lutte contre les inégalités au centre de sa mission visant à mettre fin au sida.
Les inégalités sont le moteur du VIH. Les groupes de personnes vulnérables représentent 44% des nouvelles infections au VIH en Afrique occidentale et centrale. Leurs partenaires représentent 27% supplémentaires.
La stratégie de la CEDEAO pour le VIH, la tuberculose, les hépatites B et C et la santé et les droits sexuels et reproductifs des populations clés le dit si bien :
« La protection des droits de l'homme pour tous les membres de chaque population clé est cruciale pour le succès. Les lois discriminatoires ou créant des obstacles doivent être réformées, afin de garantir que les populations clés soient exemptes de stigmatisation, de discrimination et de violence et que leur vulnérabilité au VIH soit réduite. »
L’inégalité entre les genres est également un moteur du VIH : parmi les nouvelles infections au VIH chez les jeunes en Afrique du centre et de l’ouest, près des trois quarts concernent des adolescentes et des jeunes femmes. L'enjeu est le pouvoir—ou plutôt l’absence de pouvoir de celles-ci.
Les recherches montrent que le fait de permettre aux filles de terminer leurs études secondaires divise de moitié leur risque de contracter le VIH, et le fait de combiner cela avec un ensemble de services et de droits pour l'autonomisation des filles le réduit encore davantage.
L'initiative Education Plus, coorganisée par l’UNICEF, l’UNESCO, le FNUAP, l’ONU Femmes et l’ONUSIDA, avec des gouvernements, la société civile et des partenaires internationaux, contribue à accélérer les actions et les investissements nécessaires pour que chaque fille africaine soit scolarisée, en sécurité et forte.
Ce que nous devons faire pour mettre fin au sida est aussi ce que nous devons faire pour permettre le plein essor de l'Afrique.
Les gouvernements, les organisations internationales, les scientifiques, les chercheurs, les organisations dirigées par les communautés et les acteurs de la société civile ne peuvent pas réussir seuls ; mais ensemble, ils peuvent créer un partenariat imbattable et une force imparable pour mettre fin au sida en tant que menace pour la santé publique d'ici 2030.
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La réponse au VIH en Afrique occidentale et centrale
29 octobre 2021
La réponse au VIH en Afrique occidentale et centrale s'améliore, mais pas assez rapidement pour mettre fin au sida en tant que menace pour la santé publique d'ici 2030. Au cours de l'année écoulée, la pandémie de COVID-19 a perturbé les services de lutte contre le VIH et d'autres services de santé, et elle a mis en évidence la vulnérabilité des populations de la région aux chocs de santé publique, climatiques, socio-économiques et sécuritaires, ainsi que le besoin urgent de systèmes de protection sociale inclusifs.
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